Les douces violences

Définition

Une « douce violence » est, par définition un oxymores. C’est-à-dire une figure de style qui réunit deux mots en apparence contradictoires.

Une « douce violence » est un acte inconscient, bref et fréquent que l’adulte pense anodin mais qui met l’enfant dans une insécurité affective.

Attention, il ne s’agit pas de la maltraitance ou d’abus. C’est un moment éphémère où l’adulte n’est plus dans la relation à l’enfant. Un instant où l’adulte se laisse emporter par un jugement, une étiquette, un geste brusque. Il n’y a pas de préméditation ni de volonté de faire mal à l’enfant.

Les « douces violence » sont des dérives, paroles blessantes, gestes maladroits, postures, des jugements ou de simples à priori inadaptés et incompréhensibles pour l’enfant. Elles transforment toute relation en rapport de force et où l’enfant peut être véritablement mal mené. Ce sont des cadences décalées du rythme de l’enfant.

Depuis une vingtaine d’années en France, c’est un concept naissant que l’on va nommer « les douces violences ». « Douce » car il faut atténuer le mot violence. Mais le terme « violence' » insiste sur la gravité de ces actes et sur le fait qu’il y ait une atteinte réelle à la personne de l’enfant.

Comment elles surviennent dans notre quotidien ?

La « douce violence » est souvent la réponse spontanée de l’adulte: lorsque son attente ou son intention prend le dessus sur celui de l’enfant (sur son temps de compréhension, de réaction). L’adulte décide, termine le geste de l’enfant, son dessin selon sa propre représentation. L’adulte impose une cadence, une intention, un objectif. Son intérêt n’est donc plus tournée vers l’enfant mais dans l’immédiateté et la représentation très définie d’un résultat.

Ce sont des gestes exécutés par habitude, des paroles inadaptées prononcées au-dessus de la tête de l’enfant.

Les « douces violences » sont l’une des choses les plus difficiles à remettre en question dans notre comportement car l’adulte, à ce moment, ne cherche pas à nuire et n’en a même pas conscience. C’est ponctuel et spontané. La « douce violence » piège l’adulte car elle côtoie de très près le sentiment d’efficacité.

Cela n’est pas forcément l’acte qui pose problème mais c’est sa répétition, que l’on ne remarque pas forcément.

Comment elles se traduisent ?

Durant les temps de communication : 

La "douce violence"
Quel impact ?
Quelle réponse ?

Autres exemples similaires: 

– Juger par la dévalorisation

– Le forcer à faire un bisou

– Le presser ou lui mettre la pression pour qu’il se dépêche 

Se mettre à la place de l’enfant et nous demander si on aimerait subir ces remarques.

Durant les temps de soins : 

La "douce violence"
Quel impact ?
Quelle réponse ?

Autres exemples similaires:

– Laver le visage de l’enfant avec un gant d’eau froide sans le prévenir par derrière

– Faire des commentaires sur l’hygiène de l’enfant, son anatomie, ses petits maux

– Sentir les fesses de l’enfant en lui disant « tu pues »

– Empêcher l’enfant d’aller aux WC

– Laisser l’enfant longtemps sur le pot jusqu’à ce qu’il y ait quelque chose dedans

Les soins et la toilette impliquent le corps de l’enfant. Bien souvent sa motricité ne lui permet pas d’agir seul. Il est dépendant de l’adulte. Personne n’aime être dépendant de quelqu’un. Ainsi, appliquer donc un maximum de respect.

Durant les temps d’activité : 

Autres exemples similaires:

– Ne pas laisser l’enfant emporter un jouet auquel il tient durant les sorties

– Critiquer son dessin, ne pas l’accrocher parce qu’on ne le trouve pas assez beau.

Le principe même des activités est d’apprendre en prenant du plaisir. Se mettre au niveau de l’enfant, lui parler calmement avec bienveillance afin d’entendre et de comprendre ce qu’il ressent.

Durant les repas : 

Autres exemples similaires :

– Critiquer la nourriture devant l’enfant que l’on forcera à terminer

– Mélanger tous les aliments dans l’assiette

– Le forcer à manger

– Mettre l’enfant au lit s’il ne veut pas manger

– Faire du chantage (le priver de dessert s’il ne termine pas son assiette)

Souvent les deux principaux problèmes sont liés au coucher et au repas. Se demander simplement pourquoi ? S’il ne veut pas manger c’est qu’il n’a pas faim ou n’aime pas. Mangez-vous quand vous n’avez pas faim ? Cuisinez-vous un aliment que vous n’aimez pas ?

Durant le sommeil : 

Autres exemples similaires:

– Réveiller rapidement l’enfant qui dort sans explication

– Laisser l’enfant dans son lit à barreaux lorsqu’il est bien réveillé parce que nous sommes occupés

La gestion du sommeil est certainement le moment le plus compliqué avec de jeunes enfants. Être bien vigilant ne pas se cacher derrière un pseudo besoin de sommeil de l’enfant, alors que l’on souhaite simplement un moment de tranquillité.

Liste non exhaustive de "douces violences"

Voici quelques exemples de phrases ou gestes détectés dans notre quotidien d’adulte. Il s’agit de mots qu’il ne faudrait pas dire pour éviter les ‘douces violences’. Vous trouverez les explications de ces ‘petites dérives’ et les astuces bienveillantes.

« Tu n’écoutes jamais » Alors qu’en réalité, un enfant écoute mais il choisit de le faire différemment. Le risque de répéter cette phrase est qu’effectivement, il n’écoute pas.

« Je te l’avais dit /prévenu » Lorsqu’on lui dit ‘attention tu risques de tomber’ et qu’il tombe, il ne sert à rien de lui dire qu’on l’avait prévenu. Il a entendu, testé par lui-même et constaté le résultat. Ainsi, lui rappeler qu’on l’avait prévenu est humiliant, cela appui le fait que le jugement de l’enfant est mauvais. Demandez-lui plutôt si ça va.

Le chantage, laisser le choix entre deux possibilités en lui faisant comprendre que c’est important.

« Tu comprends pas ou quoi. » Ce n’est pas parce qu’il ne comprend pas quelque chose qu’il est idiot. Il est plus constructif de lui expliquer.

« Non, je suis fâché ». Refuser quelque chose parce qu’on est en colère est contre-productif. Il vaut mieux en parler et exprimer son ressenti.

« Tu es mou ! » « Un cochon ! » L’enfant peut se sentir mis à l’écart du groupe car ne veut pas dormir ou manger

Si certaines situations parlent d’elles-mêmes, d’autres comme moucher l’enfant sans le prévenir, lui attacher la serviette sans le regarder peuvent ne pas nous interpeller. Or il s’agit d’un manque de respect et d’atteinte directe à l’enfant, les conséquences sur le développement de sa personnalité sont bien réelles. L’enfant a besoin de relations stables, respectueuses et de confiance. C’est avec l’adulte que l’enfant se construit.

Retrouver une liste complète sur le site suivant : https://astuces-bienveillantes.com/eviter-32-douces-violences/

Prévenir ces "douces violences"

La ‘douce violence’ n’est pas une finalité en soi. Il faut accepter de poser ses pratiques professionnelles, en comprendre les dérives mais aussi ses ajustements. La ‘douce violence’ permet à l’adulte d’atteindre le résultat recherché et plus rapidement, mais il l’inscrit dans une toute puissance où l’enfant n’a pas de choix possibles.

Le travail sur les ‘douces violences’ s’inscrit dans une temporalité et ne s’évalue pas à travers un résultat défini. C’est un état d’esprit grâce auquel l’adulte va construire ses postures différemment, en se recentrant sur les besoins spécifiques de l’enfant.

Voici une liste de questions à se poser en tant qu’adulte, afin de se rendre compte de ces ‘douces violences’

‘Comment le vivrais-je si quelqu’un me faisait/ disait la même chose ?’ quand l’enfant est grand on peut lui demander son avis

– ‘En quoi est-ce une ‘douce violence’ ?

– ‘ En quoi elle insécurité l’enfant ?

-‘En quoi elle me déconnecte de l’enfant ?

– ‘Pourquoi je la pratique sans m’en rendre compte ?’

– ‘Par quoi je peux la remplacer ? ‘

Conclusion

Un nouveau-né n’a pas la capacité d’analyser ce qu’il se passe autour de lui, il reçoit des millions d’informations qui vont lui permettre d’élaborer sa pensée et ses émotions. C’est par la répétition qu’il va découvrir son corps, commencer à se déplacer, parler… GRANDIR

Le professionnel doit donc s’adapter à l’enfant grandissant. Un bébé accueilli en septembre n’aura pas les mêmes besoins qu’en décembre, mars ou août. ll deviendra plus autonome mais gardera ce besoin vital d’une sécurité affective fiable et continue.

Les ‘douces violences’ ont un impact négatif sur le développement du cerveau. Il est important de penser qu’un enfant est un humain à part entière avec ses avis, ses choix, ses propres réflexions. Il ne s’agit pas de le laisser faire tout ce qu’il veut ou de lui laisser un tas de choix, mais plutôt de lui montrer que ses idées comptent.

Les ‘douces violences’ n’existent plus dès lors que la dominance de l’adulte disparaît et que l’enfant est respecté.

sources

https://www.one.be/fileadmin/user_upload/siteone/PRO/Milieux_accueil/Flash_accueil/Repere-psychopedagogique/FA28-prevenir-douces-violences.pdf

https://bougribouillons.fr/les-douces-violences/

https://www.famille-epanouie.fr/douces-violences/

https://astuces-bienveillantes.com/eviter-32-douces-violences/